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Les spectres asiatiques

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Les spectres asiatiques

Message par Jee-yong le 09 Sep 2008, 22:02

J'en avais parlé peut-être une ou deux fois...

Voici le premier jet d'une rétrospective explicative sur les spectres asiatiques. Évidemment, ce texte est contradictoire au sens où il est censé présenter ces fantômes aux novices en la matière, mais l'ennui, c'est qu'il cite constamment tout un tas de films que le novice en question n'a sûrement pas déjà vus. Même si je raconte brièvement les scènes dont je parle, je me suis arrangé pour éviter le spoiler intégral. Le plaisir ne sera donc pas totalement gâché par la lecture de ce texte. Quand aux connaisseurs, ils pourront toujours me donner un avis contraire et discuter sur des choses envers lesquelles ils ne seraient pas d'accord, ou auxquelles je n'aurais pas songé.

Prenez garde, c'est dense. Et encore, je l'ai sacrément abrégé par rapport à mes projets de départ... J'ai toujours les yeux plus gros que le ventre.



« Kaidan Asia »


Le terme employé n'existant pas, je vais prendre soin de l'expliquer: c'est un simple jeu de mots qui provient du japonais « kaidan eiga », forme qui pourrait être traduite par « film d'histoire de fantômes ». Ce qui fait partie de la culture japonaise depuis des siècles s'est aujourd'hui répandu à travers le monde entier, suite à la propagation considérable du Septième Art. Les spectres pan-asiatiques (d'où le titre du dossier) partageant occasionnellement des traits communs, cette réflexion tâchera de les aborder dans leur généralité comme dans leur particularité.

Je n'ai aucunement prétention à l'exhaustivité, ni à la véracité ou encore à l'objectivité. A vrai dire, les ouvrages sur les traditions et le folklore asiatique étant pratiquement inexistants en France, je ne dispose par conséquent que de connaissances très limitées, et donc très contestables. N'excluons pas non plus la possibilité que je puisse mal interpréter les choses.





Bien que les fantômes aient choisi le Japon, mais aussi la Chine et l'Écosse comme terres de prédilection, le genre cinématographique du Kaidan Eiga est, ontologiquement parlant, originaire de l'Archipel du Soleil Levant. Nourris des croyances ancestrales ancrées dans la culture populaire nippone, littérature et théâtre en sont les deux pôles géniteurs, et des deux, il semble que le théâtre prenne la place dominante. Pour le premier cas, citons les contes populaires folkloriques tels que les Contes Fantastiques de Yotsua. Pour le second, il est inévitable d'aborder les oeuvres théâtrales classiques, et notamment celles du Kabuki. Mais tout d'abord, interrogeons-nous sur le concept de fantômes en lui-même, au Japon.

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Au pays du Soleil Levant, le mot "fantôme" est plus un terme générique qu'autre chose et désigne toute une myriade de créatures. Cela va des monstres de légende, comme les Tengu, aux simples ectoplasmes mineurs. Tous font partie de la catégorie générale des Obake, elle-même subdivisée en Yokai et en Yurei. Premièrement, les Yokai sont des êtres surnaturels, parmi lesquels figurent le moine farceur doté d'un unique oeil Hitotsume Kozo, le spectre des mers Umibozu (traduisez "bonze des mers"), ou encore la sorcière des forêts Yamamba. Deuxièmement, les Yurei sont tout simplement les revenants humains. Et qui dit Yurei ne dit pas nécessairement fantôme hostile et vengeur. La mythologie japonaise est envahie de différentes sortes de créatures et d'esprits, ce qui est probablement héréditaire de l'animisme (où les esprits sont omniprésents) et du polythéisme Shintô qui imprègne la civilisation du Soleil Levant.

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Au départ, ces spectres n'avaient pas de forme particulière. C'est un peintre de l'ère Edo, Maruyama Okyo, qui crée le premier dessin traditionnel de Yurei dans son oeuvre, le fantôme Oyuki. Cette première représentation jouera un rôle primordial dans celles à venir. L'auteur gréco-irlandais Lafcadio Hearn, né en 1850, prend la nationalité japonaise sous le nom de Koizumi Yakumo. Il devint un précurseur du genre des Kaidan, les histoires de fantômes (nous n'en sommes pas encore au cinéma), avec son ouvrage Kwaidan, Stories of Studies of Strange Things. Soit-dit en passant, ce livre inspira grandement l'un des plus grands films du genre, intitulé Kwaidan, récompensé à Cannes par le Prix du Jury en 1964.

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Selon certaines sources, on peut situer la naissance du Kaidan Eiga aux années 50, le genre se développant progressivement durant la décennie suivante. La principale référence pour Hideo Nakata serait un film de 1959 : Tokaido Yotsuya Kaidan ("The Ghost of Yotsuya") de Nabuo Nakagawa. Citons à ce sujet Nicolat Bardot : L'histoire, située durant la période Edo du Japon (qui s'étend de 1603 à 1867), est celle d'un pauvre paysan qui souhaite devenir samouraï. Soupçonnant son épouse d'entretenir une relation avec son masseur, le paysan les tue, utilisant un poison qui défigure sa femme. Les deux victimes reviennent ensuite hanter l'assassin. Ce mythe a été de nombreuses fois décliné, mais la version de Nakagawa est principalement celle qui a inspiré Nakata pour Ring.

A partir de cet exemple, on peut définir l'esthétique classique du fantôme japonais (s'étendant assez largement à la représentation chinoise ou coréenne): souvent une femme, parfois défigurée et livide, portant de longs cheveux noirs, vêtue d'une robe blanche (couleur du deuil au Japon), avançant les paumes en dedans et les bras repliés (le dessus des mains représentant le Yin, énergie négative), surgissant des puits ou des forêts dans le but de se venger des êtres responsables de sa mort ou de terroriser des personnes au comportement immoral. Toutefois, l'art pictural représente les Yurei en les entourant d'un halo lumineux, ou en les plongeant dans une brume funeste.

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Revenons à l'une des deux inspirations majeures du Kaidan Eiga qu'est le Kabuki. Il s'agit d'une des formes du théâtre traditionnel japonais, ayant vu le jour à l'ère Edo. Au début, les comédiens étaient mixtes, mais depuis un moment, seuls les hommes y sont autorisés. Il faut savoir que le Kabuki met en scènes des évènements historiques et traite essentiellement des tiraillements qu'un individu doit faire entre son coeur et son devoir. C'est la forme de théâtre la plus prisée au pays du Soleil Levant, et elle s'avère aisément identifiable grâce à ses maquillages, ses costumes, ses poses particulières, ses musiques d'accompagnement, ainsi que ses dispositifs de mise en scène. Pour établir un lien avec le Kaidan Eiga, il faut savoir que les acteurs représentant des Yurei portaient des perruques. Or, il est bien connu que la chevelure noire est l'élément graphique le plus célèbre chez ces femmes-spectres d'Asie. Toutefois, il semblerait que le véritable lien concerne plutôt les traditions ancestrales japonaises, mais ce point sera abordé plus bas.

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Pour les Japonais, le Septième Art est intrinsèquement relié au théâtre - essentiellement au Kabuki, vous l'aurez deviné. Au tout début du Cinéma, celui de l'archipel était comparable à du théâtre filmé. Les réalisateurs partaient des codes de théâtre classique et s'en inspiraient pour rédiger les scénarii et composer le découpage technique (la manière de filmer et mettre en scène l'histoire, au détail près, le tout couché sur papier). Le Kabuki étant par essence un art très "théâtral", et les fantômes des pièces l'étant donc tout autant, ceux des films se devaient aussi d'être représentés de manière très spécifique à l'écran. L'important était de les différencier foncièrement du monde des vivants, c'est pourquoi les nombreux auteurs de films du Kaidan Eiga dotèrent leurs esprits surnaturels d'une identité visuelle, sonore et scénaristique particulièrement forte. Sur ce, nous allons tenter de détailler les quelques caractéristiques typiques du genre.


Premièrement, il faut savoir qu'au Japon, la raison pour laquelle il n'y a heureusement pas un spectre pour chaque personne morte est que certaines "conditions" doivent être validées afin d'en devenir un. Ainsi, un Onryo revient du purgatoire à cause du mal qu'on lui a fait du temps de son vivant. Un Ubume est une mère décédée lors d'un accouchement, ou qui a laissé son enfant à l'état d'orphelin lors de sa mort, alors qu'il était encore trop jeune. Un Goryo est un spectre vengeur d'une classe aristocratique, ayant souvent été martyrisé. Un Funayurei s'est noyé en mer. Un Zashiki-Warashi est tout simplement le fantôme d'un enfant. Enfin, on peut trouver les Fantômes Guerriers, morts au combat, ou bien les Fantômes Séducteurs, engagés dans une relation amoureuse post-mortem avec un vivant. Mais en règle générale, les spectres naissent souvent après une mort violente ou non naturelle, comme un assassinat, par exemple.



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Deuxièmement, les jeunes femmes occupent une place prépondérante. Ensuite viennent les enfants, et parmi eux, les filles sont souvent majoritaires. On se demande bien sûr la raison d'une telle répartition, mais avec le manque de sources fiables, j'en suis réduit à vous proposer des hypothèses, avec ma culture européenne. Une première raison serait que les femmes auraient accumulé en elles tant d'émotions, de passions et de rancoeurs à cause des codes de conduite sociale, mais surtout dû à leur soumission, que tant de sentiments en deviendraient assez puissants et intenses pour s'imprégner dans le monde vivant après la mort. La deuxième raison serait un jeu sur l'image populaire de la femme et de l'enfant : innocence, sensualité, tendresse, pureté... Les anciennes notions conceptuelles ne manquent pas. Se représenter ces figures en tant qu'avatars de la mort et de la peur serait un contraste d'autant plus efficace. Autre interrogation : la femme serait-elle source d'une fascination partagée entre peur et fantasme ? Les enfants auraient-ils peur d'eux-mêmes en découvrant progressivement leur corps et la vie adulte ? Les questions peuvent évidemment paraître stupides, mais tout cela reste ouvert. Pour le Japonais, les Yurei-femmes, plus nombreuses que leurs homologues masculins, sont aussi plus terrifiantes. Par exemple, la Femme des Neiges, Yukie Noona arrive en tête de cortège des fantômes féminins. On trouve aussi la femme à deux bouches Futa Gishiona, ou encore Rokuro Kubi dont le cou peut s'allonger à l'infini.

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Troisièmement, les femmes fantômes sont presque constamment représentées avec des cheveux d'un noir profond, et ces cheveux sont souvent très longs. Il y aurait une croyance populaire selon laquelle les cheveux abriteraient des démons – il m'a été impossible de retrouver une source fiable à ce sujet. D'autre part, les cheveux continueraient de pousser encore longtemps après la mort, ce qui expliquerait l'impressionnante taille capillaire. Quoiqu'il en soit, les Yurei ont fréquemment le visage masqué (partiellement ou intégralement) par leurs cheveux. Occidental ou oriental, on pensera tout de suite au pouvoir de suggestion que cela induit. Effectivement, le véritable intérêt de cette caractéristique visuelle est que, moins le vivant voit le visage du fantôme, et plus il est tiraillé entre deux désirs fondamentalement opposés et pourtant complémentaires : celui de tout voir et celui de ne rien voir, l'un par curiosité et l'autre par appréhension, chacun des deux suscitant l'autre. Quand nous nous retrouvons face à un visage masqué, il se crée automatiquement un rapport universel d'inégalité du regard. L'idée d'être vu alors que nous ne voyons pas nous-mêmes est une phobie naturelle chez l'être humain. Faire face à un visage masqué est déstabilisant, avoir le sentiment d'être observé est angoissant : les Yurei aux longs cheveux noirs illustrent précisément ce concept. Le vivant qui se trouve face à eux imagine le pire derrière cette large chevelure, et ce qui est imaginé dépend de chaque individu et de ses propres peurs intérieures.

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Quatrièmement, les Onryo ont la particularité de se déplacer lentement, la plupart du temps. Cette lenteur s'inscrit dans une opposition à celle de l'humain : ce dernier a la capacité naturelle d'agir de manière vive et rapide, or le spectre relève de l'opposé. La lenteur à laquelle il se meut en devient anormale, inhumaine. Si ce rythme de marche peut rapidement être associé à des spectres tels que Sadako Yamamura, pour ne citer que la plus réputée, il est facile de contredire cette quatrième caractéristique des Onryo via des exemples bien sentis. Ainsi, lors d'une scènes les plus terrifiantes de Deux Soeurs, une Onryo se relève brusquement après un déplacement très lent, ce qui provoque une surprise presque inattendue et d'autant plus effrayante. De même, la femme de l'atelier de calligraphie dans The Eye (Danny & Oxide Pang) se rue sur la frêle héroïne, bras devant, comme pour l'étrangler vive. Cette quatrième partie ne vise donc pas à prétendre que la lenteur de mouvement est le trait caractéristique des Onryo, mais plutôt que les Onryo s'inscrivent perpétuellement dans un style de déplacement en opposition avec celui de l'humain. S'ils ne marchent pas très lentement, ils rampent, s'ils ne rampent pas, ils se ruent sur leurs victimes, et s'ils ne se précipitent pas, ils lévitent, voire se téléportent en totale liberté.

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La particularité de leur déplacement ne tient pas uniquement qu'à leur vitesse. Les Onryo sont aussi réputés pour être désarticulés. Prenons l'exemple de Sadako ou de Kayako : dans les deux cas, les films dont elles sont issues nous fournissent des explications rationnelles. Ainsi, Sadako a été battue à mort, ce qui légitime son épaule déboîtée et son déplacement anormal – il s'agit en réalité d'une danseuse professionnelle ayant été filmée à reculons. De son côté, Kayako s'est brisée la cheville en voulant échapper à la rage meurtrière de son époux Takeo. Se rendant vers la sortie, elle n'avait pas eu d'autre solution que de ramper, saisie de peur et de panique. Mais il n'y a parfois aucune justification au déplacement si inhabituel des Onryo. Ainsi, une des femmes-fantômes du film Kaïro, de Kiyoshi Kurosawa, se déplace avec des mouvements de bras et de jambes qui évoqueraient une danse loufoque. Toutefois, c'est la lenteur avec lesquels elle les exécute, ainsi que le contexte de la scène, qui rendent ces gestes effrayants. Même chose pour de nombreux autres Onryo, qui agissent lentement sans raison particulière.

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Plus généralement, un déplacement désarticulé est un élément de terreur supplémentaire pour la mise en scène, car cela souligne l'inhumanité et la souffrance, à plus forte raison si le déplacement du spectre est sonore – entendons par là des craquements d'os, par exemple. Être dérangé par un craquement sonore vient du fait que nous en imaginons la scène dans notre tête, et à plus forte raison, que nous en imaginons la douleur ressentie. Il y a donc ce lien implicite entre le vivant et le mort, reposant sur ce facteur de douleur qui les sépare et les unit simultanément, car si le vivant peut "potentiellement" ressentir la douleur, le spectre, lui, la ressent réellement et éternellement. De son côté, la marche lente est à même de générer une tension palpable, car l'extrême lenteur n'est pas humaine, comme il a été dit plus haut. De plus, cela permet un choc d'autant plus stupéfiant si le fantôme cesse subitement d'approcher lentement pour se précipiter tout à coup sur sa victime. Le contraste ici présent repose alors sur l'effet de la surprise, l'inattendu et l'imprévisibilité. Le vrai tour de force réside dans la peur ambivalente : en effet, si l'on ignore tout du Kaidan Eiga, le spectateur est effrayé par un déplacement lent car il se dit "Il va se passer quelque chose, mais j'ignore quoi. Il va peut-être se ruer sur moi. J'ignore ce qui va se passer". A l'inverse, si l'on connaît les ficelles du genre, alors le spectateur se dit "Je sais qu'il peut se ruer sur moi, mais quand le fera-t-il ? Je sais ce qui peut se passer, mais quand est-ce que ça va arriver ?" Là se situe toute la nuance.


Cinquièmement, de nombreux Onryo (ou de Yurei à titre général) ont l'art de se mettre en scène lors de leurs apparitions. Selon le cas, leur matérialisation dans le monde des vivants est fréquemment dictée par une raison précise. Par exemple, ils peuvent revivre un souvenir ou le moment de leur mort indéfiniment, ce qui nous évoque fortement les esprits de Reincarnation, par Takashi Shimizu. Pris dans une sorte de spirale du destin, ainsi que le souligne la chanson qui accompagne le générique, les Yurei ne font que revivre éternellement le moment de leur assassinat, via les personnes qui s'avèrent être leur réincarnation. Le cycle semble éternel et voué à se répéter inlassablement. Pour en revenir au sujet, les Yurei peuvent aussi transmettre plus simplement un message aux vivants, comme c'est le cas dans la saga de jeux vidéos japonais Zero, renommée Project Zero sur le territoire francophone. Résolument basés sur l'épouvante typiquement asiatique, ces jeux mettent régulièrement en scène des Yurei, dont certains viennent apporter des indications sur eux-mêmes ou sur le mystère qui entoure le cauchemar dans lequel se trouve plongé l'héroïne. Autre cas très fréquent, les Yurei peuvent terroriser (voire tuer), ce qui les classe alors dans la catégorie des Onryo, les spectres vengeurs. Citons seulement les esprits d'une femme et de son masseur venus hanter le mari qui les a tous deux assassinés, dans le Le Fantôme de Yotsua, de Nabuo Nakagawa, ou encore la femme morte du personnage principal de Kaidan, de Hideo Nakata, qui jure de tuer toutes les compagnes que son ex-amant aura choisi, par pure jalousie.

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Néanmoins, il est toujours peu évident de déterminer si les différentes apparitions des Yurei sont créées en fonction des nécessités évènementielles, ou si elles ont été conçues dans le seul but d'effrayer le plus possible. La saga Ju On the Grudge (Takashi Shimizu) matérialise très clairement cette ambiguïté : Kayako tient autant sa réputation de son gémissement guttural que de ses multiples apparitions. Si les scènes avec les escaliers ne sont ni plus ni moins que la réminiscence de son meurtre (et se voient ainsi justifiées), en revanche, la plupart de ses autres apparitions relèvent un peu trop du "freestyle". De même, si l'on se base sur Alone, réalisé par Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakun, alors la plupart des apparitions du spectre n'ont aucune relation logique et précise avec tel ou tel évènement, à l'image de cette scène où le spectre apparaît pendu au ventilateur, alors que le scénario annonce dès le début qu'elle est morte lors d'une opération de séparation de siamois. The Wig, de Shin Yun-won se verse parfois dans des scènes, certes effrayantes mais néanmoins ridicules, car en totale déconnection avec une quelconque logique scénaristique, comme ce moment où un spectre inconnu vient terroriser un conducteur de camion anonyme, sans que l'apparition n'ait une quelconque justification crédible. De manière générale et dans la plupart des cas, il est convenu que les apparitions de spectres sont conçues librement, afin d'être le plus effrayantes ou le plus innovatrices possible.


Sixièmement, nous aborderons les facultés des Yurei, c'est-à-dire leurs capacités surnaturelles. Évidemment, les énumérer dans leur totalité relève de la gageure. Il est très facile de remarquer à quel point les fantômes peuvent apparaître partout. A l'instar du tueur typique de l'horreur occidentale, qui sait pourchasser et retrouver sa proie où qu'elle soit, le fantôme asiatique semble pouvoir hanter le vivant comme bon lui semble (encore que certains Yurei sont plus entravés que d'autres à ce sujet). La Roue, du thaïlandais Nonzee Nimibutr, nous montre un esprit maudit au visage blafard, apparaissant furtivement lors de la fermeture d'un portail, juste avant que les battants ne se rejoignent, et peu après dans la demeure même, comme si la simple ouverture du portail lui donnait libre accès à la zone protégée. Toutefois, son champ d'action reste limité à la malédiction qu'il représente, à savoir les statuettes maudites, ce qui pourrait rejoindre le cas de la jeune Yurei de The Red Shoes, de Kim Yong-gyun. La malédiction mortelle qu'elle a jeté se résume à cette paire de chaussures roses/rouges, seul objet qui lui appartenait lors de son vivant, et nul ne peut être atteint de cette condamnation sans avoir porté la main sur cette paire. L'on pourrait croire qu'il suffit de jeter l'objet de la malédiction dans un ravin pour que plus personne ne soit menacé, à l'image de l'héroïne du film, jetant les chaussure à la poubelle publique afin de sauver sa fille, mais seulement voilà : la volonté du fantôme semble transcender la volonté de l'Homme, et la limitation des pouvoirs des spectres n'est pas aussi importante qu'on oserait l'espérer. Preuve en est avec les fameuses chaussures qui apparaissent et réapparaissent toujours comme par sorcellerie dans les mains de celle qui a voulu s'en débarrasser, si ce n'est dans son entourage. Preuve plus troublante en est avec le fait que les chaussures soient apparues au début du film sans raison apparente, comme si la malédiction restait perpétuellement sur Terre et errait à la recherche d'une nouvelle future victime, à l'instar du téléphone portable maudit de Phone, réalisé par Ahn Byung-ki, et qui, même à la fin, continue à sonner et à résonner pour l'éternité.

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Certains spectres peuvent s'incarner à travers des vivants, en les possédant, ou bien via des objets inanimés. Dans le premier cas, citons l'Onryo de Shutter (Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakun) qui en vient même à surpasser le pouvoir de possession du vivant avec sa capacité à se métamorphoser elle-même en un personnage du film, induisant les protagonistes et les spectateurs en erreur, pour mieux les surprendre au dernier instant. Dans le deuxième cas, il est possible de citer Ju-Rei, de Koji Shiraishi. Mis à part la franche médiocrité du film, les Onryo s'incarnent occasionnellement dans des objets tels qu'un pot de plante au domicile d'une des protagonistes, l'objet se mettant alors à vibrer frénétiquement sous le regard terrorisé de la jeune fille. L'idée que nous pouvons retenir est que tout ce qui représente le quotidien ainsi que tout ce qui se rattache au domaine de l'intime perd tout son caractère sécurisant. Le foyer même des gens se voit ainsi parasité et contaminé : l'endroit devient une menace omniprésente, alors qu'il est censé représenter l'ultime cocon protecteur. Comment ne pas oublier une scène où cette jeune fille dont nous parlions se réfugie sous sa couette pour ne plus voir ce qui se passe autour d'elle, jusqu'à ce qu'elle décide de jeter un coup d'oeil et tombe littéralement nez-à-nez avec le fantôme, dont le visage est à cinq centimètres du sien ? Le moment évoque inévitablement une scène de Shutter, très comparable, et même plus exactement une scène de Ju On the Grudge. L'Onryo a parfois ce pouvoir terrifiant : non pas celui de pouvoir apparaître où il le désire, mais plutôt celui de pouvoir hanter ses victimes jusque dans leur quotidien, jusque dans leur intimité, jusque dans leur ultime refuge.

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Cependant, le miroir reste l'objet le plus courant dans lequel les spectres s'incarnent. Certaines croyances japonaises considèrent que des miroirs sont à même de receler l'âme d'une femme. Nombreux sont les films du Kaidan Eiga à employer le miroir comme liaison entre le vivant et le surnaturel. Prenons exemple sur Ring 2, de Hideo Nakata, dont l'une des séquences les plus remarquables met justement le miroir au centre de l'action. L'apparition subite et inattendue de Shizuko Yamamura, mère de la terrifiante Sadako, semble de prime abord inexpliquable. La conclusion de la scène nous révèle que tout cela était une sorte de réminiscence, une matérialisation des ressentiments de Shizuko et de Sadako, basée sur un souvenir commun de leur passé. C'est via le miroir ovale de la voyante, déjà si intriguant dans Ring premier du nom, que passé et présent ont eu une sorte d'interconnexion, et ce lien n'a été rendu possible que par le biais du miroir. Dans d'autres cas, comme cette scène de Phone où l'héroïne Ji-won se réveille et aperçoit le reflet d'un fantôme qui se retourne lentement vers elle dans la glace, il semble que le miroir ne soit plus réellement un élément thématique ni même symbolique, mais participe plus simplement à l'effet de mise en scène voulu par le réalisateur. Ceci rejoint l'idée évidente que les apparitions ne sont plus dictées par une raison logique mais par les codes de la peur au cinéma fantastique asiatique.

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Il est bien connu que les spectres asiatiques ont le pouvoir de tuer, mais cela dit, tous ne jouissent pas de cette capacité. Les meurtres ne sont pas systématiques dans le Kaidan Eiga, et quand bien même il y en a, ils se déclinent en de multiples variantes. A ce titre, l'esprit réfugié dans la perruque de The Wig peut transformer ses cheveux en une myriade de fils extensibles et aussi tranchants que des lames de rasoir, tout comme Kayako Saeki, qui se sert occasionnellement de sa chevelure pour étrangler et pendre ses victimes, telle qu'une des protagonistes de Ju On the Grudge 2. Ces deux cas s'opposent radicalement à Sadako Yamamura, qui ne tue qu'à distance en provoquant une crise cardiaque par télékinésie, alors que Kayako a besoin d'un contact physique pour tuer ses victimes. La petite Mimiko de One Missed Call, elle, emploie tous les moyens à sa disposition pour abattre froidement les personnages. Dans un autre cas, l'Onryo de Shutter contraint ses victimes à se tuer elles-mêmes par suicide, ce qui revient à un meurtre indirect. De meurtre indirect, il en est aussi question dans Whispering Corridors 4 : Voice, où le spectre semble incapable de tuer de ses propres mains, d'où son recours à des pouvoirs télékinésiques envers des feuilles de partition musicale ou des cordes de violoncelle, qui deviennent ainsi des armes meurtrières. Et il arrive que l'Onryo ne soit pas en mesure de tuer un personnage, de quelque manière que ce soit. Prenons en exemple les fantômes de The Eye, et notamment la femme du cabinet de calligraphie qui se volatilise avant d'avoir pu accomplir l'acte fatidique (vraisemblablement une strangulation). A l'image de la terrifiante mère défunte du film Deux Soeurs, la femme fantôme de Souvenirs (premier segment de 3, Histoires de l'Au-Delà), n'a pas la possibilité de nous démontrer qu'elle est en mesure de tuer celui qu'elle hante, ni même le blesser. Réduite à mettre en scène des visions horrifiques, elle ne peut que faire passer un message à sa victime.

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Dernière édition par Jee-yong le 14 Sep 2008, 20:00, édité 2 fois.
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Re: Les spectres asiatiques

Message par fallenRaziel le 10 Sep 2008, 15:22

Bon je n'ai pas tout lu XD mais j'en profite pour dire que j'adore le kabuki^^
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Re: Les spectres asiatiques

Message par amano_tsukiko le 10 Sep 2008, 18:04

C'est une encyclopédie! Il y avait plein de trucs que je ne savais pas (dont la catégorie des fantômes_mais je n'ai pas la prétention de les avoir toutes retenues! :lol: ); et j'ai ajouté quelques films à acheter sur ma liste :D .
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Re: Les spectres asiatiques

Message par Jee-yong le 10 Sep 2008, 20:21

Il y avait plein de trucs que je ne savais pas (dont la catégorie des fantômes

Ha, mais moi non plus, je m'y connais très peu là-dedans. J'ai puisé mes sources un peu partout, car les ouvrages sur ce sujet sont inexistants en France. Puis j'ai recoupé tout ça avec ce que je savais. Malgré tout, en ce qui concerne certaines choses comme cette fameuse liste de catégories de fantômes, ça reste très incomplet car je n'ai pas pu trouver grand-chose. :?

et j'ai ajouté quelques films à acheter sur ma liste

Fais attention, Amano. Pour les films à acheter, je pense que ce serait mieux de demander comment ils sont auparavant. Disons que je peux te conseiller à ce sujet... Les films que j'ai cités ne sont pas tous des bons films ; ils illustrent les propos du texte. Alors autant éviter au maximum le risque que tu sois déçue de tel ou tel achat...

Enfin moi je dis ça, je dis rien, hein. :)
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Re: Les spectres asiatiques

Message par SpikeLockart le 11 Sep 2008, 08:17

C'est chouette :D
Long... mais chouette!

C'est toi qui l'as écrit?
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Re: Les spectres asiatiques

Message par Jee-yong le 11 Sep 2008, 11:39

Merchi, Spike ! :D Oui, c'est moi. J'ai mélangé des sources prises un peu partout (sites internet, suppléments DVD, livrets cartonnés, brochures de Cinémathèque) avec ce que je savais moi-même. Ça a donné ça. La seule partie que je n'ai pas tapée moi-même (trop la flemme :lol: ), c'était ça.

Citons à ce sujet Nicolat Bardot : L'histoire, située durant la période Edo du Japon (qui s'étend de 1603 à 1867), est celle d'un pauvre paysan qui souhaite devenir samouraï. Soupçonnant son épouse d'entretenir une relation avec son masseur, le paysan les tue, utilisant un poison qui défigure sa femme. Les deux victimes reviennent ensuite hanter l'assassin. Ce mythe a été de nombreuses fois décliné, mais la version de Nakagawa est principalement celle qui a inspiré Nakata pour Ring.
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Re: Les spectres asiatiques

Message par SpikeLockart le 11 Sep 2008, 15:36

Bah franchement c'est pas mal :)
Heureusement que j'ai vu The Grudge et RIng et qu'on a parlé de Shutters et Alone avant ^^
Par contre La Roue et The Red Shoes, pas entendu parler :(
Tu les as vu?
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Re: Les spectres asiatiques

Message par amano_tsukiko le 11 Sep 2008, 17:56

Merci pour ces précisions Jee! :D Tu vois à l'instant j'essayais de trouver un bouquin qui parle des "fantômes d'origine Japonaise" (si on peut dire :? ). Sans succès :?, (comme tu disais...) Pour les films je suis toujours à la recherche d'Alone! C'est dingue ça, ils ne l'ont pas dans leur base de données! Pourtant c'est un film assez récent, non? Je vais continuer mes recherches à Planet Saturn, pourquoi pas? Bref, je commence à faire une sélection sur ma liste! :lol:
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Re: Les spectres asiatiques

Message par Jee-yong le 11 Sep 2008, 18:49

Merci encore. :)

Par contre La Roue et The Red Shoes, pas entendu parler. Tu les as vu ?

Bien sûr. C'est normal que le titre "La Roue" ne te dise rien, puisqu'il s'agit en réalité de la seconde partie d'un film à sketches (composés de plusieurs courts ou moyens-métrages) : 3, Histoires de l'Au-Delà. Ce nom est déjà plus évocateur. Le premier moyen-métrage est coréen, Souvenirs, réalisé par Kim Jee-woon. Le second moyen-métrage est thaïlandais, La Roue, réalisé par Nonzee Nimibutr. Enfin, le troisième et dernier est hong-kongais, Chez Nous, réalisé par Peter Ho-Sun Chan. Honnêtement, je dois avouer que "La Roue" est franchement médiocre. Mauvais rythme, personnages inattachants, scènes d'angoisse inefficaces.

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En ce qui concerne The Red Shoes, du coréen Kim Yong-gyun, c'est l'un des films de fantômes qui associe le mieux le glauque et l'angoisse. A mon avis, c'est un film bien plus dur à voir que Ring, The Eye ou Phone, par exemple... Il y a de l'épouvante, bien sûr, mais aussi de la charcuterie et du sexe. Les thèmes et enjeux sont peut-être aussi moins accessibles à un jeune public.

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Pour les films je suis toujours à la recherche d'Alone!

Bizarre que tu ne le trouves pas, Amano. Je crois savoir qu'il est facile à repérer à La Fnac ou aux boutiques Mk2. Au pire, tu peux l'acquérir sur Internet. 6€ neuf, quand même... Je l'ai payé 11€ de plus, moi...
http://www.priceminister.com/offer/buy/ ... one-2.html
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Re: Les spectres asiatiques

Message par SpikeLockart le 11 Sep 2008, 22:15

Ya moyen de trouver Shutters ou Red Shoes en vidéothèque?

The eye j'ai trouvé l'histoire pas mal mais pour moi ce n'est pas un film d'horreur. A part le moment où le fantôme à grande langue lèche la viande, j'avais des yeux comme ça: Oo
The RIng: peut-être une histoire un peu compliqué? On a l'impression qu'ils essayent d'entasser une histoire dans un film d'1 ou 2 heures et qu'ils doivent trop résumé (à l'origine il me semle que Ring est un livre).

Je veux un film d'horreur! Un vrai! un pur!

Les derniers que j'ai vu étaient "an american haunting" (l'ambiance est pas mal mais le dénouement est pourri) "white noise 2" (pourri) "le train de l'horreur" (euh... hyper trop pourri).

Un film d'horreur qui m'avais foutu les boules (j'étais un peu plsu jeune) c'était "Darkness", ça ça foutais bien les boules. Seulement plus moyen de le downloader ou louer :'(


Bref si vous avez vus des films où vous vous etes rongé la main pendant toute la durée je prends :3
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